
Tu as pris rendez-vous. Tu as franchi la porte du cabinet. Et là, face au thérapeute qui te demande ce qui t’amène, tu te retrouves sans mots. Tout et rien à la fois. Trop de choses à dire, ou au contraire un vide total. Tu ne sais pas par où commencer, comment formuler ce que tu ressens, ce qui est important ou pas. Et tu as peut-être peur de mal faire, de perdre du temps, de décevoir.
Ne pas savoir par où commencer en thérapie est l’une des expériences les plus fréquentes et les moins parlées. Voici comment la traverser.
Pourquoi c’est si difficile de parler en thérapie
On n’a pas l’habitude de parler de soi vraiment
Dans la vie ordinaire, on ne parle pas vraiment de soi. On parle de ce qu’on fait, de ce qui se passe, des autres. Parler de ce qu’on ressent vraiment, de ce qui nous fait souffrir, de ce qu’on cache, c’est souvent une expérience nouvelle et déstabilisante. La thérapie demande un type de parole qu’on n’a pas nécessairement eu l’occasion de développer.
La peur du jugement
Même si on sait rationnellement que le thérapeute ne juge pas, la peur d’être mal perçu, de dire quelque chose de honteux, de révéler quelque chose de trop, peut bloquer la parole. Cette peur est normale et fait partie de ce que la thérapie peut aider à traverser.
Ne pas savoir ce qui est important
Tout semble important, ou rien ne semble assez important pour mériter du temps en thérapie. Cette difficulté à hiérarchiser, à choisir par où commencer, peut créer un blocage au moment de parler.
La difficulté à mettre des mots sur ce qu’on ressent
Certaines souffrances sont diffuses, sans forme précise, difficiles à articuler. Ne pas avoir les mots pour ce qu’on vit est une expérience réelle et valide. La thérapie est précisément l’espace pour trouver ces mots progressivement.
La peur de s’effondrer
Commencer à parler de ce qu’on a tu depuis longtemps peut faire peur. Peur de perdre le contrôle, de pleurer, de ne plus pouvoir s’arrêter une fois qu’on a commencé. Cette peur de l’effondrement pousse parfois à rester en surface.
Ce qu’il faut savoir avant de commencer
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de parler en thérapie
La thérapie n’a pas de règles sur la façon dont on doit parler. On peut commencer par un événement récent ou par une souffrance ancienne. On peut parler de façon ordonnée ou désordonnée. On peut pleurer ou rester très calme. Il n’y a pas de bonne performance à donner en thérapie.
Le thérapeute est là pour aider à trouver les mots
Si tu ne sais pas par où commencer, tu peux le dire. « Je ne sais pas par où commencer » est une entrée en matière parfaitement valide. Le thérapeute est formé pour aider à trouver le fil, pour poser les questions qui ouvrent la conversation, pour accueillir ce qui vient même quand c’est confus ou décousu.
La thérapie prend du temps pour se mettre en place
Les premières séances sont souvent inconfortables, maladroites, incomplètes. C’est normal. La relation thérapeutique et la façon de parler en thérapie se développent progressivement. Ne pas juger la thérapie sur les premières séances.
Des façons concrètes de commencer
Commencer par ce qui t’a amené là
La question la plus simple : qu’est-ce qui t’a amené à prendre rendez-vous maintenant ? Pas forcément la souffrance la plus profonde, mais l’élément déclencheur qui t’a poussé à faire ce pas. Cette question a toujours une réponse, même simple, et c’est souvent un bon point de départ.
Commencer par ce qui est là maintenant
Comment tu te sens en ce moment précis, dans ce cabinet, face à ce thérapeute. L’anxiété de commencer, l’inconfort de la situation, le soulagement d’être là. Parler de ce qui se passe dans l’instant présent est toujours une entrée possible en thérapie.
Commencer par ce qui te pèse le plus aujourd’hui
Pas la souffrance la plus ancienne ou la plus profonde nécessairement, mais ce qui pèse le plus en ce moment dans ta vie. Un conflit récent, une anxiété présente, une décision difficile à prendre. Ce point de départ concret et actuel est souvent plus accessible que les grandes questions de fond.
Commencer par dire que tu ne sais pas par où commencer
« Je ne sais vraiment pas par où commencer » est une phrase complète et valide. Elle dit quelque chose d’important sur ta relation à la parole, sur ce que tu portes, sur la difficulté de mettre des mots sur ce que tu vis. Un bon thérapeute part de là.
Préparer quelque chose avant la séance
Si le vide au moment de parler est particulièrement bloquant, préparer quelques notes avant la séance peut aider. Écrire ce qui t’a pesé dans la semaine, ce dont tu voudrais parler, les questions que tu te poses. Ces notes ne sont pas un script mais un point d’appui.
Ce qui peut aider pendant les séances
Accepter les silences
Les silences en thérapie ne sont pas des vides à remplir d’urgence. Ils sont des espaces de traitement, de réflexion, d’émergence de quelque chose qui cherche à se formuler. Apprendre à habiter les silences plutôt que de les fuir est une compétence qui se développe en thérapie.
Dire quand quelque chose est difficile à dire
« C’est difficile à dire » ou « j’ai du mal à trouver les mots pour ça » est une formulation précieuse. Elle nomme la difficulté et invite le thérapeute à aider à la traverser plutôt que de rester bloqué seul face à elle.
Ne pas censurer
La tentation de ne dire que ce qui semble acceptable, raisonnable, cohérent, est forte. Mais la thérapie est précisément l’espace pour dire ce qu’on ne dit nulle part ailleurs. Ce qui semble honteux, irrationnel, contradictoire, mérite souvent d’être dit en thérapie.
Parler de ce qui se passe dans la relation thérapeutique
Si tu ressens de la méfiance envers ton thérapeute, de l’irritation, de la gêne, le dire directement peut être très précieux. Ces réactions dans la relation thérapeutique sont souvent révélatrices de schémas relationnels plus larges et constituent un matériau thérapeutique riche.
Et si la parole reste bloquée malgré tout
Certaines personnes ont une difficulté structurelle à parler de leur monde intérieur. L’alexithymie, par exemple, rend difficile l’identification et l’expression des émotions. D’autres ont des histoires où la parole a été dangereuse ou inutile. Ces difficultés méritent d’être nommées au thérapeute qui peut adapter son approche.
Si tu as du mal à identifier et à exprimer ce que tu ressens, notre article sur l’alexithymie peut t’aider à comprendre pourquoi c’est si difficile.
Des approches thérapeutiques moins centrées sur la parole, comme l’EMDR, la thérapie somatique ou la thérapie par l’art, peuvent aussi être des alternatives à explorer pour les personnes qui trouvent la parole particulièrement difficile.
La parole thérapeutique s’apprend
Savoir parler en thérapie n’est pas inné. C’est une compétence qui se développe progressivement, séance après séance. Les premières séances sont souvent les plus difficiles. Avec le temps, la relation de confiance qui s’établit, la familiarité avec le cadre thérapeutique, la pratique de la parole sur soi, tout cela rend la parole progressivement plus fluide et plus profonde.
Si tu hésites encore à faire ce premier pas vers la thérapie, notre article sur comment choisir le bon thérapeute peut t’aider à te préparer à cette démarche.
Etoyra propose une guidance personnalisée pour t’aider à traverser ce que tu traverses et à trouver les mots pour ce que tu vis. Tu poses ta question, tu décris ta situation, et tu reçois une réponse claire et bienveillante par email.


