
Tu avais commencé avec une vraie intention. Les premières séances semblaient prometteuses. Et puis quelque chose s’est passé. Un moment difficile, une séance qui t’a laissé épuisé, un emploi du temps chargé, un sentiment que ça n’avance pas assez vite, un malaise avec le thérapeute que tu n’as pas su nommer. Et tu as arrêté. Ou tu y penses sérieusement.
Abandonner une thérapie avant d’en avoir tiré tous les bénéfices est extrêmement fréquent. Des études montrent que jusqu’à 50% des personnes qui commencent une thérapie l’abandonnent prématurément. Voici pourquoi, et comment ne pas le faire quand ce n’est pas la bonne décision.
Pourquoi on abandonne la thérapie
Ça fait trop mal
La thérapie peut être douloureuse. Explorer des zones qu’on avait soigneusement évitées, faire face à des émotions qu’on avait enfouies, remettre en question des schémas qui nous protégeaient même s’ils nous limitaient. Cette douleur du travail thérapeutique peut pousser à fuir. « J’allais mieux avant de commencer » est une phrase qu’on entend souvent, et qui n’est pas toujours fausse à court terme.
La sensation que ça n’avance pas
Quand on ne voit pas de résultats rapides, quand le mieux-être tarde à venir, quand les séances semblent tourner en rond, la motivation s’effrite. Cette impatience, compréhensible, peut mener à un abandon prématuré avant que le travail ait eu le temps de porter ses fruits.
La relation avec le thérapeute qui ne fonctionne pas
Un malaise avec le thérapeute, un sentiment de ne pas être compris, une approche qui ne convient pas. Ces problèmes dans la relation thérapeutique sont souvent la vraie raison d’un abandon, même quand on se dit autre chose. Au lieu de changer de thérapeute, on arrête complètement.
Les résistances au changement
Changer fait peur. Même quand on souffre, les schémas familiers ont quelque chose de rassurant. La thérapie commence à modifier quelque chose, et cette modification peut déclencher une résistance inconsciente qui pousse à arrêter avant que le changement ne soit trop réel.
Si tu te demandes si tu sabotes ta démarche thérapeutique comme tu sabotes d’autres aspects de ta vie, notre article sur pourquoi on sabote ses propres chances de bonheur peut t’aider à comprendre ce mécanisme.
Les obstacles pratiques
Le coût des séances qui pèse sur le budget. L’emploi du temps chargé qui rend difficile les rendez-vous réguliers. Un déménagement. Ces obstacles pratiques sont réels et peuvent justifier une interruption, même si ce n’est pas toujours la vraie raison de l’abandon.
Le sentiment que « ça va mieux maintenant »
Paradoxalement, une amélioration de l’état peut pousser à abandonner la thérapie trop tôt. On se sent mieux, on croit que c’est suffisant, on arrête avant d’avoir consolidé les changements ou d’avoir travaillé sur les causes profondes. Cette amélioration prématurée est souvent suivie d’une rechute.
La honte et la stigmatisation
Le regard de l’entourage sur la thérapie, les commentaires sur le fait qu’on « paie quelqu’un pour parler », la conviction que « les gens normaux n’ont pas besoin de ça ». Cette honte sociale peut pousser à abandonner une démarche pourtant précieuse.
Comment distinguer un abandon justifié d’un abandon prématuré
L’abandon justifié
Arrêter une thérapie est parfois la bonne décision. Quand la relation avec le thérapeute ne fonctionne vraiment pas malgré plusieurs essais d’en parler. Quand l’approche est fondamentalement inadaptée à ta problématique. Quand tu as atteint tes objectifs thérapeutiques. Dans ces cas, arrêter n’est pas un échec mais une décision éclairée.
L’abandon prématuré
Arrêter parce que c’est inconfortable, parce que les résultats tardent, parce que les résistances au changement s’activent. Ces raisons, bien que compréhensibles, mènent souvent à un abandon prématuré dont on regrettera les conséquences. Reconnaître ces raisons pour ce qu’elles sont permet de choisir différemment.
Comment ne pas abandonner quand ce n’est pas la bonne décision
En parler directement avec son thérapeute
Avant d’arrêter, en parler avec le thérapeute. « J’ai envie d’arrêter » est une information thérapeutique précieuse. Un bon thérapeute accueille cette phrase avec sérieux, explore ce qui se passe, et aide à distinguer une résistance normale d’un vrai problème dans l’accompagnement. Cette conversation peut débloquer quelque chose d’important.
Se rappeler pourquoi on a commencé
Revenir à la raison initiale qui a poussé à consulter. La souffrance qu’on voulait traverser, le changement qu’on voulait opérer, l’objectif qu’on s’était fixé. Ce rappel peut redonner de la motivation dans les moments de doute.
Accepter l’inconfort comme partie du processus
Comprendre que l’inconfort thérapeutique est souvent le signe qu’un travail important est en cours. Que se sentir pire temporairement fait parfois partie d’un processus qui mène à aller mieux durablement. Cette compréhension du processus aide à traverser les moments difficiles sans les fuir.
Ajuster plutôt qu’abandonner
Si quelque chose ne fonctionne pas, ajuster avant d’abandonner. Changer la fréquence des séances. Aborder le problème avec le thérapeute. Essayer une séance différente avant de décider. Parfois un petit ajustement suffit à relancer une thérapie qui stagnait.
Changer de thérapeute plutôt qu’arrêter la thérapie
Si le problème est vraiment dans la relation avec le thérapeute, changer de thérapeute est souvent une bien meilleure option qu’arrêter la thérapie complètement. Une mauvaise expérience avec un thérapeute ne dit rien sur la valeur de la thérapie en général.
Notre article sur comment choisir le bon thérapeute peut t’aider à trouver un accompagnement mieux adapté si tu envisages de changer.
Se rappeler que le changement prend du temps
Les schémas profonds, les blessures anciennes, les habitudes émotionnelles installées depuis des années ne changent pas en quelques semaines. La thérapie demande du temps, et ce temps est un investissement, pas une perte.
Si tu as déjà abandonné
Avoir abandonné une thérapie par le passé ne signifie pas que tu ne peux pas recommencer. Beaucoup de personnes font plusieurs tentatives avant de trouver le bon thérapeute, la bonne approche, le bon moment. Chaque tentative, même celle qui s’est arrêtée, apporte des informations précieuses sur ce dont on a besoin.
Si tu veux recommencer mais que tu ne sais pas comment t’y prendre, notre article sur comment parler en thérapie quand on ne sait pas par où commencer peut t’aider à aborder cette nouvelle tentative différemment.
La thérapie mérite qu’on lui donne une vraie chance
Une thérapie efficace est l’un des investissements les plus précieux qu’on puisse faire pour sa qualité de vie. Les bénéfices, quand on lui donne le temps de produire ses effets, peuvent être profonds et durables. Ne pas lui donner cette chance par peur de l’inconfort ou d’impatience, c’est potentiellement passer à côté de quelque chose d’important.
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